Politiques : dans le piège des humoristes

Ça y est, c’est fait. Un mort. A force de railler les politiques, leurs travers, leurs failles, leurs petits tics dérisoires, la grande communauté des rieurs, ricaneurs, Guignols, humoristes stars des tranches d’infos, orfèvres vachards du « Petit Journal » de Canal +, dégommeurs anonymes du Net ont fini par en laisser un sur le carreau.

Les guignols de l'infos

Anne-Sophie Mercier cite à plusieurs reprises Jean-Luc Mano dans son excellent article

Les politiques sont-ils désormais condamnés à se taire et à baisser les yeux en attendant l’agression qui suivra, toujours plus violente ? Ce n’est pas l’opinion des communicants chargés par les politiques de faire passer leur message dans l’opinion.« L’heure est indéniablement à l’agressivité, estime Jean-Luc Mano, ancien journaliste qui fut conseiller, entre autres, de Michèle Alliot-Marie et de Christian Estrosi. Et pourtant, je le dis toujours à mes clients, “Les Guignols”, “Le Petit journal” de Yann Barthès, font partie du débat démocratique. On l’a oublié, mais le “Bébête Show”, diffusé [de 1983 à 1995] sur TF1 avec 7 millions de téléspectateurs, ça, c’était de l’extrême violence. Au “Bébête Show”, on sentait la volonté de tuer. Quand Edith Cresson était présentée en panthère lascive se roulant aux pieds de Mitterrand, on avait affaire, à une heure de grande écoute, à un délire machiste inimaginable aujourd’hui, avec une femme premier ministre présentée comme une putain. »

« Jospin a énormément souffert sur le plan personnel de sa marionnette le présentant en “Oui-Oui” en voyage au pays des idées dans sa petite voiture jaune. Mais franchement, où était le problème ? Il était tellement aux antipodes de ce personnage, lui si austère, si cadenassé, qu’on pouvait même se demander s’il avait jamais été enfant, ce qui fait que le message des “Guignols” n’avait aucune crédibilité », estime Jean-Luc Mano.

Au-delà même de cette spontanéité perdue, les conséquences de cette traque inquiètent certains communicants. « Il y a un certain type d’homme politique qui n’aurait plus sa chance aujourd’hui. Je crois vraiment qu’avec cette volonté permanente de les piéger, de les ridiculiser, des Séguin, des Rocard, avec leur brusquerie, leur phrasé particulier, leur affectivité compliquée, finiraient par être si corsetés qu’on ne les remarquerait pas « , déplore Jean-Luc Mano.

 

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