Livres de campagne: les candidats se racontent – L’Express.FR

Aller sur le site de L’Express

Par Diane Saint-Réquier
Changer de destin, l’autobiographie aux accents de programme politique de François Hollande, sort ce jeudi. La semaine prochaine ce sera au tour de Nicolas Sarkozy d’être édité. En quelques campagnes, le livre est devenu un outil indispensable aux politiques.

En 1988, la Lettre à tous les Français de François Mitterrand n’était qu’un fascicule d’une cinquantaine de pages. Depuis, le livre de campagne n’a cessé de gagner en épaisseur au fur et à mesure qu’il devenait un passage obligé de tout candidat à la présidentielle. Cette année, on a déjà vu ceux d’Eva Joly, de Marine Le Pen et ce jeudi sort celui de François Hollande qui sera suivi de près par l’opus de Nicolas Sarkozy.

Tantôt strictement politique, tantôt plus personnel, l’exercice a changé au fil des élections, mais sert toujours le même objectif: asseoir le ou la présidentiable dans une stature de chef d’état. Pourtant, selon Jean-Luc Mano, conseiller en communication, « un livre n’influence jamais en terme de vote, ça n’est d’ailleurs pas fait pour ça mais pour installer un climat. »

La France des livres

Pour lui, cette tradition du livre de campagne est d’abord une exception nationale. « En France, l’objet livre a une importance et une signification qu’il n’a pas ailleurs. [...] Pendant la présidentielle, le lien avec le pays doit se faire aussi par l’écrit, et ça continue à compter même à l’heure de l’internet. » Aux Etats-Unis et dans les autres pays anglo-saxons, la parole politique se transmet essentiellement à l’oral, par des meetings bien sûr, et via les émissions de télévision et de radio évidemment. C’est aussi le cas en France, mais l’écrit y conserve, selon lui, une dimension particulière, à la fois plus solennelle et plus authentique.

Storytelling

En 1988, quand le président-candidat Mitterrand publie sa Lettre, elle est assez brève, intensément politique, et distribuée gratuitement. Il s’agit plus d’un long programme que d’un livre, ce que reconnaît volontiers l’auteur, par ailleurs grand homme de lettres.

Mais en trois campagnes, un glissement a eu lieu vers ce que Jean-Luc Mano appelle le story-telling. « Il s’agit de raconter son histoire pour raconter l’Histoire. Désormais les livres des candidats comportent une partie de ‘mise à nu’ en même temps que des éléments programmatiques. » Pour lui, malgré la disparité des formes comme des fonds, les livres de campagne fonctionnent tous sur le triptyque « mon histoire, mes valeurs, et quelques orientations. C’est une entreprise de dévoilement maîtrisé de soi-même. »

Une idée simple

Et les candidats se sont essayé à toutes les formes pour avoir, eux aussi, leur livre de campagne, comme un insigne de présidentiabilité. En 1995, Jacques Chirac avec La France pour tous offre un « charmant petit livre de cent trente pages, écrit en très gros caractères. Il y avait une idée. La fracture sociale, simple et efficace, empruntée à d’autres [...] Et il y avait le pommier rouge et vert sur la couverture des livres, dont les produits dérivés enchantèrent les militants [...]. » raconte dans la revue Le Débat Bénédicte Delorme-Montini. « En face, les ouvrages de Balladur et Jospin sonnaient comme des pensums », précise cette spécialiste de l’histoire politique moderne.

Livres de campagne: les candidats se racontent

Tantôt strictement politique, tantôt plus personnel, le livre de campagne a changé au fil des élections.

REUTERS

Démythification du livre et de la politique

En 2002, seize candidats se lancent dans la bataille et chacun y va de ses centaines de pages. Pour Bénédicte Delorme-Montini, on assiste à « la démythification de la politique et la démythification du livre: tout le monde se présente,

tout le monde écrit. » Cette fois encore, les formes varient: long entretien pour Lionel Jospin et son Le temps de répondre, autobiographie militante chez Noël Mamère qui rappelle son engagement dans Mes Vertes années pamphlet pour Olivier Besancenot et son Tout est à nous !.

Duel en un mot

En mars 2007, Ségolène Royal publie Maintenant, un titre en forme de clin d’oeil assumé au Ici et Maintenant de François Mitterrand en 1980. Un abécédaire en 190 mots et 312 pages où la candidate socialiste répond aux questions de Marie-Françoise Colombani, éditorialiste chez Elle sur ses idées politiques mais aussi sur sa vie de femme et de mère. Face à elle, Nicolas Sarkozy attend avril 2007 pour sortir son autobiographie Ensemble, qui mêle également politique « pure » et valeurs personnelles.

Les ventes, elles varient grandement. En 2002, faut-il y voir un signe, Lionel Jospin ne vend que 60 000 des 200 000 exemplaires tirés de son entretien. Sept ans plus tôt, Jacques Chirac avait vendu plus de 190 000 unités de son autobiographie. En 2007, avant de défaire Ségolène Royal dans les urnes, Nicolas sarkozy avait déjà remporté les batailles des librairies: son Ensemble s’est écoulé à plus de 50 000 exemplaires, contre seulement 16 000 exemplaires pour le Maintenant de sa rivale (source Edistat, hors poches).

 

Trackback à partir de votre site.

DERNIERS POSTS