Discours de François Hollande : ces messages cachés derrière une intervention éclair

interview parue le 24 avril 2013

 

Au lendemain de l’adoption du mariage homosexuel, François Hollande s’est une nouvelle fois exprimé à la sortie du Conseil des ministres et a lancé un appel à « l’apaisement et au rassemblement ». Mais le cÅ“ur de son message n’était pas là…

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Les sept conseils capitaux à Hollande

Article paru dans le JDD 15 mai 2013

 

Un an jour pour jour après son arrivée à l’Elysée, François Hollande tient jeudi la deuxième grande conférence de presse de son quinquennat, dans un climat politique et économique explosif. Comment le président peut-il réussir ce grand oral? Les communicants ont leurs idées.   

1. Prendre acte de la gravité de la situation

Au lendemain de l’entrée officielle de la France en récession et de l’annonce de la baisse du pouvoir d’achat, le président devra prendre la mesure de la gravité de la situation. « Il ne peut pas faire un exercice de croisière, comme si on était dans une situation ordinaire. A la fois dans le ton et le contenu, il doit montrer qu’il a conscience qu’on est dans une tempête aggravée », estime Jean-Luc Mano, qui a notamment conseillé Michèle Alliot-Marie et Xavier Darcos. « Il n’y aurait rien de pire que d’apparaître dans un déni de la situation. Le déni entraîne le décalage. L’idée de la crise est totalement dominante, elle fait l’objet des conversations du matin au café », prévient le cofondateur du cabinet Only Conseil.

2. Donner une perspective globale

Comme lors de sa première conférence de presse en novembre dernier, certains membres de la majorité estiment que François Hollande doit « fixer le cap ». Les communicants approuvent. « Il faut donner l’idée qu’il y a une vision. L’accumulation de mesures ne donne pas le sentiment qu’il y a une perspective », estime Jean-Luc Mano. Selon lui, « il y a un aspect commando dans le fait de diriger un pays. Dire aux gens ‘allez, on y va, ça va aller mieux’ ne règle jamais rien », avertit Jean-Luc Mano.PourClaude Posternak, conseiller en communication de Martine Aubry lors de la primaire socialiste, le chef de l’Etat doit préciser l’objectif à atteindre. « Le président parle de garder le cap, ok. Mais on ne sait pas où il va ce cap. Les Français ont besoin de quelqu’un qui les guide. Quelle direction veut-il prendre pour sortir la France de cette crise? », questionne le fondateur de l’agence de communication La Matrice.

3. Revoir ses objectifs

François Hollande maintient  son ambition d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année 2013. Mais au vu des chiffres annoncés par l’Insee, cet objectif paraît de plus en plus intenable. Et selon Jean-Luc Mano, cette conférence de presse est l’occasion pour François Hollande de l’admettre. « Il n’y a pas un spécialiste qui pense que c’est possible.  C’est extrêmement dangereux à terme pour le président de maintenir son objectif. La feuille de route est caduque, il faut le dire », assure le communicant.

4. Expliquer la crise

Pour affronter la crise, François Hollande doit montrer qu’il en maîtrise les tenants et les aboutissants. C’est ce que pense Claude Posternak. « Les Français ont besoin d’être rassurer. Et la première chose, c’est de voir qu’à la tête du pays, il y a quelqu’un qui a une compréhension précise de cette crise. » Selon le communicant, le président doit remplir cette mission pédagogique : « C’est indispensable de dire d’où vient la crise, en quoi elle est différente des autres, pourquoi elle est paradoxale…. »

5. Donner sa vision politique de l’Europe

A l’heure où Bruxelles presse la France d’engager des réformes, François Hollande doit impérativement préciser jeudi quelle est « sa vision politique de l’Europe », assure Claude Posternak. « Il doit expliquer en  quoi l’Europe va permettre de sortir de cette crise et comment ils comptent développer une Europe politique. Le président est-il pour construire une Europe politique forte? Il faut le dire », plaide le communicant.

6. Un travail de sémantique

Pour François Hollande, il s’agira aussi de trouver les bonnes formules pour expliquer sa politique. « Il faut mettre des mots sur sa vision, ça manque », estime Claude Posternak, peu convaincu par l’expression « boîte à outils » utilisée par le président pour lutter contre le chômage : « Ce n’est pas d’une boite à outils dont a besoin le pays. La France ne trouvera pas de solutions dans une caisse à bricolages. »

7. Annoncer un remaniement?

Pour la première fois, François Hollande a évoqué la semaine dernière dans Paris Match l’idée d’un remaniement. Et ils sont de plus en plus nombreux dans la majorité à plaider pour une réorganisation de Bercy. La conférence de presse est-elle le moment opportun pour remanier le gouvernement? Pas vraiment, à en croire les communicants. « Ça serait nouveau de faire une telle annonce dans une conférence de presse. Je ne pense pas qu’il faille le faire dans un moment qui demande de la solennité. Mais il devrait en revanche confirmer que c’est envisagé », considère Jean-Luc Mano. Claude Posternak donne le même conseil : « Dans un quinquennat, le remaniement, c’est un fusil à un coup. Je ne pense pas que ça soit le meilleur moment pour s’en servir. »

La normalité de François Hollande, une posture piégée.

Lire l’article

M le magazine du Monde | 18.08.2012 à 10h24 •

Par Anne-Sophie Mercier

Normal ! Qui ne l’a pas encore compris ? François Hollande est un président

« normal ». A Londres, quand il vient encourager les athlètes français, il est un

spectateur « normal ». Tout comme à la gare de Lyon où, avant de monter dans le

train pour Hyères, il échange quelques mots avec les badauds et affirme que

ses vacances seront… « normales ».

Il faut bien le reconnaître, l’invention du concept qui fait aujourd’hui couler tant

d’encre s’est faite dans une indifférence absolue. Aucune grand-messe ni

location de salle avec gourou de la com et état-major, pas de candidat ému et

pénétré venu vendre aux médias LA grande idée de la campagne.

Non, le « président normal » est né à Alger, le 9 décembre 2010, lors d’un voyage

effectué par François Hollande en présence de quelques journalistes.

Interview sur mon dernier livre pour MEDIAPART

Interview de Jean Luc Mano par Hélène Loublier et Yannick Comenge

Vous sortez aujourd’hui « Phrases choc de la campagne présidentielle ». On dit déjà que c’est un outil majeur à l’encontre des communicants ou de ceux qui voudraient se lancer dans une carrière politique. Tout y est. On peut voir les cheminements de chaque candidat, les stratégies au détour de chaque sujet sociétal. Quel est pour vous le ressort de cet ouvrage ?

Ce livre a pour objet de produire une reconstitution des dialogues de la Présidentielle : à la fois des dialogues évidents, mais aussi des dialogues invisibles, car ne se déroulant pas sur la même scène. Une fois ces discours mis en évidence, j’ai voulu produire un peu d’analyse sur ces discours.

Je crois que la communication est utile lorsqu’elle est au service de la production de sens, et pour cela elle doit supporter la critique et le décryptage.

 

Pour vous au fil des phrases chocs, pouvait-on esquisser déjà la défaite des uns ou le succès des autres ?

C’est toujours facile de refaire le match après qu’il ait eu lieu. Mais on peut néanmoins voir plusieurs éléments dans les discours qui, au fil des semaines, vont nous indiquer l’issue du scrutin.

On s’aperçoit par exemple que la stratégie de Hollande est une stratégie payante. Hollande considère très tôt, dès janvier 2011, que la campagne se jouera sur l’anti-sarkozysme. Cet anti-sarkozysme va s’estomper au fil des mois de campagne sous l’effet de la radicalisation mais existera jusqu’au bout. En contre point d’image, le candidat socialiste va avancer dès le départ l’idée de la normalité. Cette dimension est très contestée au début, mais elle va tout de même s’imposer, parce qu’il y une volonté de sortir de l’exubérance.

A l’inverse, on voit que chez

Sarkozy cela ne fonctionne pas. La stratégie de l’essuie-glace qui veut rassembler de l’extrême-droite au centre-doit ne marchera pas. 2012 n’est pas 2007. Buisson conduit Sarkozy à l’échec , parce que son postulat de départ, « la France a viré massivement a droite », n’est pas vrai : le total des voix de gauche au premier tour de 2012 est de 7 points plus fort qu’au premier tour de 2007. Ce qui est vrai c’est qu’il y a une radicalisation de l’électorat de droite, mais cela ne veut pas dire que le curseur général du pays est plus à droite.

Les phrases montrent qu’il n’y a pas de constance dans la stratégie de Sarkozy. En fin de course, Sarkozy va perdre tout le Centre sans gagner suffisamment à l’extrême-droite, puisque les électeurs de l’extrême-droite vont au second tour déposer 2 millions de bulletins blancs dans les urnes.

Dans une campagne électorale, la principale clé c’est la constance. La stratégie d’Hollande ne changera pas, celle de Sarkozy change régulièrement. Et les phrases témoignent d’un candidat socialiste qui façonne l’opinion, et d’un candidat de droite qui court après l’électorat.

 

Quelles sont selon vous les meilleures stratégies développées par les présidentiables ?

On a une très bonne stratégie, qui est celle de Mélenchon, qui fait une très bonne campagne sur la thématique des Indignés, des rebelles, et qui réussit à fédérer un électorat éclaté. C’est une campagne qui aurait formidablement bien marché si la Gauche était sortante. Mais la volonté d’alternance était trop forte, pour lui permettre de s’imposer. Le vote utile a été plus fort que la fonction tribunicienne .

L’autre bonne campagne, c’est celle de Le Pen. Après avoir tenté d’aller au delà de son potentiel naturel avec la dédiabolisation et les incursions sur les thématiques économiques, elle est revenue aux thèmes de base de son parti : vision rabougrie de la nationalité, sécurité, immigration et même avortement, sans que cela n’éloignent ceux qu’elle avait séduits dans un premier temps.

Quant à François Bayrou, il n’avait pas de stratégie. Sa seule stratégie c’est lui-même et c’est insuffisant.

 

Avec votre expérience de la politique, pensez-vous que dans ses phrases on pourrait noter que Nicolas Sarkozy n’avait plus envie de gagner ?

Sarkozy a eu envie de gagner jusqu’au bout. Il fait jusqu’au bout une campagne très active. Mais ce qui est vrai c’est qu’il accepte, c’est très flagrant dans le débat d’entre deux tours, la logique du sortant probable perdant. Tout son discours un mois avant l’échéance porte sur les conséquences d’une victoire de la gauche. Il passe de challenger à virtuellement battu. Il parle pour la

postérité davantage que pour la victoire.

L’autre élément marquant que les phrases révèlent c’est que, par fierté, Sarkozy ne refuse pas le débat sur le bilan. La conséquence est terrible : lorsque l’un parle de l’avenir, l’autre parle du passé. Dans la tête des électeurs, Sarkozy se vit à l’imparfait, et Hollande au futur.

 

Outre les analyses introductives de chaque thème abordé, on peut voir votre ouvrage comme une forme de dialogue virtuel entre les candidats… comme si les phrases extirpées résonnaient entre elles… N’avez-vous pas finalement réussi le pari de recréer l’intégralité d’un débat avec un « digest » les plus concis qui soit ?

 

Ce n’est pas à moi de faire la critique de mon livre, ce serait comme danser avec sa sÅ“ur. Il n’y a qu’au cinéma, dans les Western, que l’on peut mettre sur une même scène, les cow-boys, les indiens, la Sierra , le magot, l’arrivée de la cavalerie et la femme blanche … En politique, c’est plus compliqué, il y a parfois besoin de replacer les éléments dans leur dynamique pour voir l’ensemble de la scène. Si le livre permet de d’appréhender de manière panoramique l’ensemble de l’action , tant mieux .

Au vu de la crise européenne, avec l’Espagne en filigrane, qu’imagineriez-vous comme dialogue entre les candidats passés ?

L’Espagne risque de prendre dans l’imaginaire français la place de la Grèce . C’est à dire l’image du danger et du contre modèle.

On aurait dans ce cas un dialogue similaire à celui de la campagne :

Hollande : L’austérité sans la croissance conduit à l’accentuation de la crise mais je peine à créer les conditions de la croissance .

Sarkozy : certes, il faut la croissance, mais d’abord la rigueur. On ne peut pas dépenser l’argent que l’on n’a pas. Mais j’inquiète en parlant de sacrifices .

Sur ces questions économiques, honnêtement, les 2 grandes forces politiques détiennent une part de la vérité ; le problème c’est le point de synthèse. C’est là qu’on rêve d’un système à l’américaine ou opposition et majorité se parleraient sur des questions d’intérêt supérieur et trouveraient un point d’équilibre. Hélas, vue le peu d’importance accordée aux questions internationales dans le débat Présidentielle et par la malédiction du gallocentrisme, on n’est en France jamais certain que ce qui se passe ailleurs soit instructif pour nous.